« Chaque jour est différent et profondément enrichissant »
Psychomotricienne depuis 18 ans, dont 15 au sein de l'hôpital, Julia exerce au Service des Activités Physiques et Sportives (SAPS). Entre accompagnement thérapeutique, écoute des patients et travail en équipe, elle nous raconte un métier au cœur du soin.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis psychomotricienne depuis 18 ans et je travaille à l'hôpital depuis 15 ans. Avant d'arriver ici, j'ai exercé en soins palliatifs gériatriques dans un établissement du département de la Seine-Saint-Denis. J'ai également travaillé à domicile auprès de personnes âgées à Paris et en maison de retraite. Depuis deux ans, je suis à temps plein au sein du SAPS. Ce service est rattaché à la Direction des soins. Son organisation repose sur une offre de soins intersectorielle et transversale, au service de l’ensemble des pôles et des unités de l’établissement.
Quel est votre rôle au sein du SAPS ?
Mon rôle est double. J'ai d'abord la casquette de soignante du SAPS, au même titre que mes collègues. Nous accueillons les patients, leur présentons le fonctionnement du service, identifions leurs attentes et construisons avec eux un programme d'activités adapté à leurs besoins. Nous sommes également disponibles pour les écouter lorsqu'ils traversent un moment difficile.
J'ai aussi ma mission spécifique de psychomotricienne. J'accompagne les patients lors de séances individuelles, soit à leur demande, soit à la demande de l'équipe soignante ou du psychiatre. Mon intervention concerne principalement les patients qui ne bénéficient pas déjà d'un suivi en psychomotricité dans leur unité ou leur structure de secteur.
Comment les patients sont-ils orientés vers vous ?
Pour intégrer le SAPS, une indication du psychiatre est nécessaire, ainsi qu'un avis du médecin généraliste attestant de l'absence de contre-indication à l'activité physique. Concernant la psychomotricité, certains patients sont orientés directement par leur médecin. D'autres découvrent mon métier lors des activités du SAPS et souhaitent ensuite en savoir plus ou bénéficier d'un accompagnement individuel.
Combien de temps dure une séance ?
Une séance dure généralement entre une heure et une heure trente. Nous commençons toujours par un temps d'échange afin de comprendre dans quel état émotionnel la personne arrive, ce qu'elle a vécu depuis la séance précédente et ce qu'elle attend de ce rendez-vous. Ensuite vient le temps de travail psychomoteur, qui s'adapte aux besoins du moment.
Pourquoi avoir choisi la psychiatrie ?
Au départ, c'est un concours de circonstances. Une collègue quittait son poste au SAPS et j'ai postulé parce que l'établissement était plus proche de chez moi. Mais je ne suis jamais repartie !
Ce qui me plaît le plus, c'est la richesse des rencontres. Les patients ont des parcours très différents, des âges variés, des histoires singulières. Même lorsque l'emploi du temps est organisé, aucune journée ne ressemble à une autre. Chacun arrive avec son vécu du moment et cela demande une adaptation permanente. C'est extrêmement enrichissant.
Le travail en équipe est-il important dans votre pratique ?
Oui, énormément. Nous sommes une petite équipe et plusieurs d'entre nous travaillent ensemble depuis quinze ans. Cette stabilité crée une véritable confiance. Nous échangeons régulièrement sur nos pratiques et sur les situations rencontrées. Cela nous permet de prendre du recul, d'apprendre les uns des autres et d'améliorer continuellement notre accompagnement des patients.
Combien de psychomotriciens exercent au sein de l'établissement ?
Nous sommes environ vingt-cinq psychomotriciens répartis entre les différents sites et secteurs, en intra et en extrahospitalier. Nous fonctionnons en collège de psychomotriciens, ce qui nous permet d'échanger régulièrement sur nos pratiques et nos questionnements liés au métier.
Avez-vous un souvenir marquant à partager ?
Il y en a beaucoup. Dans le soin, et particulièrement en psychiatrie, nous vivons parfois de véritables montagnes russes émotionnelles aux côtés des patients.
Je pense notamment à une personne qui traversait une période de grande souffrance avec des idées suicidaires. Après une hospitalisation, elle est rapidement revenue participer à une activité sportive au SAPS. À la fin de la séance, elle m'a regardée avec le sourire et m'a simplement dit : « Je suis vivante. »
Cette phrase peut sembler simple, mais lorsqu'on connaît le parcours de la personne et ce qu'elle traversait quelques jours auparavant, elle prend une force incroyable. Ce sont des moments qui donnent tout son sens à notre métier.
Comment travaillez-vous avec les autres professionnels de santé ?
Nous sommes en lien régulier avec les équipes infirmières, les aides-soignants, les ergothérapeutes et les psychomotriciens des autres services. Nous pouvons également participer à des synthèses cliniques avec les psychiatres lorsque cela est nécessaire pour le suivi d'un patient.
Cette collaboration permet d'avoir une vision globale de la situation et d'assurer un accompagnement cohérent et adapté aux besoins de chacun.
Un dernier mot sur votre métier ?
La psychomotricité permet d'accompagner la personne dans sa globalité, à travers le corps, les sensations, les émotions et le mouvement. C'est un métier profondément humain, fondé sur la rencontre, l'écoute et l'adaptation. Après quinze ans au sein de l'hôpital, c'est toujours cette richesse relationnelle qui me motive chaque jour.